Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Toi, tu creuses.

"Letter to my unborn child"

Publié le 13 Janvier 2013 par Sanka

"Letter to my unborn child"

Je dors dans une église, je ne suis même pas croyante.

"Je dors sur les marches d’une église, quand je le peux, quand je ne trouve rien de mieux.

Je crois que je devrais me sentir démunie, seule, parfois même sale. Recluse, exclue d’une société qui se souffre elle-même. Je crois que je devrais me sentir mal, réfléchir.

Comprendre quand est-ce que j’ai basculé, quand est-ce que je me suis laissée glisser sans plus vraiment opposer de résistance. Quand est-ce que j’ai décidé de donner raison à tous ces bien-pensants. Les laisser m’appeler assistée, feignante ou pauvre fille.

Désolée mon bébé. Désolée mon trésor. Je fais ce que je peux. J’ai fait ce que j’ai pu. Je t’écris sur un bout de papier journal. Un truc blanc taché, qui a dû servir à essuyer la bouche d’un monsieur gras et bien portant.

Excuse-moi mon amour, pardonne moi. Tu vois je ne pensais pas qu’être mère c’était aussi dur. Tu es trop jeune, 2 ans à peine. Beaucoup trop pour que je puisse sentir la honte dans ton regard, l’amertume, la faim, l’accusation. Je voudrais m’expliquer, trouver les raisons, toutes ces choses que je ne parviens pas à me rendre claires. Je suis désolée, vois-tu je ne me bats plus. Je soude ton histoire à la mienne en espérant douloureusement que tu ne me ressemble plus trop finalement.

Il y a des tas de problème que je voudrais avoir avec toi. Me demander s’il est bon que tu regardes la télévision plus de 2h par jour ou avant d’aller te coucher. Savoir ou non s’il convient de te laisser manger tant de cochonneries, gâteaux et autres bonbons. Te défendre de jouer avec tel ou tel enfant, me donner un semblant d’importance en cotisant à l’association de parents de ton école ou essayer de te combler aveuglément d’objets inutiles, futiles et jouissifs.

Je travaille, je suis caissière. Ce n’est pas terrible je sais. Mais je ne sais pas. Je ne sais pas faire autre chose, je ne le pourrais plus. C’est terrible, cet aveu d’impuissance que j’étale à ta connaissance aujourd’hui. Je travaille et je vis dehors. Je vis à deux hors de toute chose. Je voulais mordre la vie, je m'en mords les doigts.

Je vogue, vague et sans but pour nous faire dormir au chaud. Le froid c’est vicieux tu sais. Je l’ai découvert par la force des choses. Je te parle du vrai froid mon amour. Le grand, celui qui toque à la porte que tu n’as plus.

Il s’installe à tes côtés, il ne demande pas si tu es d’accord.

Il s’installe à tes côtes, le long des dorsales, il t’étouffe, te frissonne, t’endort dangereux et possessif. Et puis, il s’insinue dans ta tête. Si je te parle de lui c’est qu’il m’a tenu longtemps compagnie quand trop ont été absents. Il a fini dans ma tête, à geler le peu d’espérance que j’avais.

Si le feu désinfecte et purifie, je veux qu’on sache que le froid stérilise. Castrant le moindre souffle d’espoir. L’endurance, l’instinct de survie, la hargne, l’estime de soi. A toutes ces choses que j’ai cru pouvoir conserver le plus longtemps possible j’avoue avoir abdiqué. Je m’en suis dépossédée quand il a fallu faire un choix, la dignité ou un lit.

Je dors avec toi dans une église quand je le peux, et je ne suis même pas croyante. Comme dans un vieux Victor Hugo. Je te tiens contre ma poitrine, remerciant l’hôte spirituel envers lequel je ne me suis jamais tournée auparavant. Dans la maison d’une entité toute puissante en laquelle je ne crois pas. Si je suis là c’est bien à cause de son absence, son manque d’intérêt. Une mise à l’épreuve probable qui brille par son inefficacité. Seigneur comme ils l’appellent tous. « Seigneur » comment croire en toi quand la punition que tu infliges dépasse et assassine la notion d’amour universel que l’on prône en ton nom. Je ne te connais pas, ne te reconnais pas, mais laisse-nous dormir en ton sein ce soir. Je te laisse nous abandonner le jour, mais ne nous renie pas la nuit.

Vois-tu mon amour je t’écris la main tremblante comme je le peux. Je conserverai ce petit papier, ces petits mots fous griffonnés en urgence jusqu’à ce que tu puisses les lire.

Si plus grande tu veux savoir, comprendre et entreprendre. Pensant que du passé viennent les perspectives d’avenir, tu verras tout alors. J’ai laissé toutes mes peaux sur le chemin. J’ai transmué et n’en ai retenu que ce qui me permettait que tu sois fière de moi un jour peut-être.

Dans un pays où l’on se déchire et se mobilise davantage sur des questions d’amour légal ou non, je me demande ce que donnerait l’ensemble de ces forces pour nous sauver toi, moi et « les autres ». Car si l’amour ne nous a pas nourrit jusqu’à maintenant, je l'ai cherché dans de nombreuses bouches et je ne veux jamais que tu lui tourne le dos. Il te poignarderait trop facilement.

Moi je dors dans une église et je ne suis pas croyante. Mais la foi qui me fait le plus défaut aujourd’hui, c’est celle que je fondais dans la République Française."

Commenter cet article