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Toi, tu creuses.

What of the dollar you murdered for? Is that the one fighting for your soul?

Publié le 13 Décembre 2012 par SanKa

What of the dollar you murdered for? Is that the one fighting for your soul?

Je sais pas quoi en penser, je sais pas comment ça m'est venu. Pourquoi aujourd'hui, pourquoi maintenant. Pourquoi lui ou pourquoi pas. C'est pas de l'humanitaire, de la solidarité, contenter le voyeurisme ou sauver sa conscience. C'est parler, à un moment où trop de fois je n'ai rien dit. Où j'ai peur de l'ouvrir, peur de dire des conneries, parler d'un truc qu'on connait pas. C'est Noël bientôt, alors peut être que ça fait tache de parler de ça. Peut être que ca met mal à l'aise que ça dérange. Entre deux tranches de saumon, un toast et puis l'inventaire des cadeaux à refourguer le lendemain sur le net, peut être que ma découverte d'aujourd'hui, elle a pas sa place.

Tant pis.

Tous les jours depuis 2 mois je croise Adam. Parfois seul, parfois plusieurs. Adam, il n'a pas le profil, barbe jaunie par le liquide qui chauffe, qui sauve et qui fait oublier. Une habitude alimentaire qui varie en fonction de ce que veulent bien lui donner les étudiants et un sourire accroché au menton de 8h à 20h.Quand je l'ai abordé j'étais nerveuse. Parce que j'avais peur de le brusquer, de le réveiller, endormi sur son matelas.

Et puis, et puis Adam.

Sorti d'un des meilleurs Honoré de Balzac. Un Zola à lui tout seul. Sauf qu'à l'époque il aurait pas porté cette casquette. Adam il croyait que la France c'était la Pologne mais en mieux. Je sais pas trop ce qu'il y a vécu, surement des choses pas très belles. Des choses que lui seul sait. Et là je réalise combien la vie peut te marquer au visage. Les yeux enfoncés esquintés de ce qu'ils ont vu, le toucher rugueux, la bouche engourdie de soupirs et puis les épaules démises à force d'avoir porté son fourre-tout d'espoir en bandoulière. D'abord à Strasbourg, ensuite à Marseille et puis « Gare de Lyon ».

C'est pas qu'une question de regard, déceler le degrés d'hémorragie oculaire en fonction du sujet abordé, non c'est plus que ça. Je sais pas quel âge il a, peut être 40, 50, peut être l'âge de mon père et à cette pensée mon cœur se serre, je sais même pas s'il est papa. La vie t'a formé Adam, plus que ce que t'aurais voulu, peut être plus vite, trop vite, et puis trop loin de chez toi.

Varsovie tu m'as dit ? Ça en fait une trotte.

Déraciné de la bas, enraciné au trottoir ici, fasciné par le monde, ses yeux s'écarquillent à chaque passage. La liberté qu'il était venu chercher à un goût de bitume, et le bruit des ailes de pigeons. Je lui demanderai pas s'il est heureux, ca ne me regarde pas. Adam il a toujours un mot pour vous. Un « Bonjour » hésitant dans le français qu'il tente d'apprendre. Et si l'hésitation est palpable, le sourire du polak fini par l'emporter.

Je ne sais pas si moins l'on a plus l'on est content d'avoir.

Moi je grelotte dans mon manteau « Attends Adam t'as pas froid là? » . Bordel j'ai froid, je peste, et lui il me regarde avec un grand sourire et me montre ses deux couvertures qu'il serre contre lui. « Nie , Centre Social ». Centre Social, c'est les premiers mots qu'il m'a dit, il a cru que je venais lui apporter les médicaments de la pharmacie. Il m'a montré sa jambe qui fait « bobo ».

Va lui expliquer que je suis pas du centre social, que je fais des études de journalisme, que je dois dire la vérité mais pas trop, m'exprimer en restant objective, savoir vendre, savoir ratisser large, penser grand. Mais qu'aujourd'hui à cette heure précise il ne s'agit pas de ça. Je parle pas polonais, la seule chose que je sache dire c'est « Je t'aime ». Alors on fait ce que font les étrangers depuis la nuit des temps. On bouge les mains, on mime. On communique avec ce qui se passe de mots. Ceux qui se passent de maux. Adam fait des percussions. Aime « l'Arte ». Et est arrivé à Paris il y a 6 ans. En 2006, c'était la pendaison de Saddam Hussein, les premiers cas de grippe aviaire, le Hips don't lie de Shakira ou la mort de James Brown. Toi, tu sautais de wagon en wagon.

Garbriel Garcia disait:  « J'ai appris qu'un homme n'a le droit d'en regarder un autre de haut que pour l'aider à se lever. ». Je sais pas combien t'ont regardé de haut Adam, peut être que je l'ai fait parfois à d'autres Adam et j'en suis désolée. Des Adam comme toi yen a tout plein Paris. Je sais pas combien ont essayé de t'aider à te lever et s'il ont échoué.Je crois qu'on a tous échoué.

Pour lui parler et l'entendre correctement il faudrait s'accroupir. Je crois que c'est une position trop difficile pour certains encore.

Je peux pas aider tout le monde, on peut pas Adam comprend nous. C'est la crise. « La France ne peut pas accueillir tout le monde ». Sûrement. Je n'ai aucun doute lorsque je vois qu'elle ne cautérise pas ses plaies, les laisse ouvertes, béantes et infectées de soucis profonds. Laissant le combat à des individus anonymes qui gagnent à être connus.. Faut pas nous en vouloir Adam, ya plein de chose que l'homme ne peut pas voir en face. Quand on bat le chien trop fort, un jour il mord. Alors si ça chauffe ici faudra quelqu'un sur qui taper.

Réduire la fracture sociale à nous deux le temps d'un après midi, peut être que c'est ça prendre soin. T'es cimenté à la rue mais je sais que ca vole dans ta tête. Peut être parce que tu m'as dit que les parisiens n'étaient pas très cool. A force de vivre tous sous le même toit et se tirer la couverture parfois on s'étouffe. Et puis on comprend pas bien la patrie en ce moment. Les liens du sang national sont douloureux quand ils sont plein de tabous. Et toi mon ami, avec ta couverture tachée, tes paires de basket de rechange, et tes grasses mat' urbaines, t'es un tabou. Le pire de tous, parce que tu es chacun de nous. Le sien, le mien, le nôtre. Mais t'écrire m'est voulu et m'évolue Adam plus que tu ne le penses.

Enfin bref, j'ai rencontré Adam, mais c'aurait pu être quelqu'un d'autre.

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Publié le 9 Décembre 2012

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